2. Rencontre du Juif errant

Paris à rebrousse-temps

* La légende
du Juif errant


Jésus, portant sa croix,
s’arrêta un instant
devant la boutique d’un
cordonnier et lui
demanda la permission
de se reposer
un instant. Mais
le cordonnier
le rabroua, lui intimant
sèchement de continuer
son chemin.

Pourquoi le Juif errant ?

Sarah

Pour photographier et commenter à la première personne des événement se déroulant
sur plus de 2000 ans, il était nécessaire de faire appel à un seul personnage, témoin unique
de cette immense chronologie.
Le Juif errant, héros mythique, immortel, de la culture judéo-chrétienne, s'imposait.

Cependant, deux particularités enrichissent sa personnalité :
- C'est un artiste de talent. Cette qualité le rend attentif au reportage concernant
les architectures parisiennes disparues et, d'autre part, l'incite à réaliser de nombreux
portraits de la femme qu'il aime, la jolie Sarah et qu'il dessine chaque fois que
son moral faiblit.
- L'amour qu'il porte à sa femme est si fort qu'il préfère, en la retrouvant, abandonner sa qualité d'immortel et
vivre avec elle la vie normale d'un simple mortel.

Ce choix, inspiré de l'Odyssée, rappelle la rencontre d'Ulysse et de la nymphe Calypso. Celle-ci lui promet-
tait la vie éternelle en échange de son amour. Mais Ulysse, toujours amoureux de sa femme, préfére quitter
Calypso pour rejoindre Pénélope à Ithaque, refusant ainsi une promesse d'immortalité.

Le choix du Juif errant permettait aussi de limiter le reportage
- d'une part aux édifices situés sur les bords de la Seine.
- d'autre part à l'origine gallo-romaine de Paris : Lutèce.

L

e Juif errant aurait-il existé ? C'est l'aventure
que j'ai vécue, un jour, sur le pont des Arts,
à Paris, alors que j'étudiais la possibilité
de restituer le paysage disparu de la pompe de la
Samaritaine et du pont Neuf.


J'ai vite deviné que le personnage qui s'intéressait à
mon projet était Le Juif errant*. Malheureux d'être
immortel, il avait trouvé le moyen, en empruntant une
barque et en prononçant une incantation, de remonter
la Seine et le temps jusqu'à Lutèce et de retourner
à Jérusalem pour revivre la passion du Christ. Il serait
alors attentif à la demande de secours de Jésus, évitant
ainsi d'être condamné à l'immortalité, malédiction
qui l'obligea à voir vieillir et mourir sa femme, la jolie
Sarah (interprêtée par Géraldine Muhlmann).

Comme il allait remonter le temps, je lui proposai
de partir avec un appareil photo et de réaliser
un reportage concernant les architectures disparues
des bords de Seine, de nos jours à Lutèce.


Ses photographies, accompagnées de ses commen-
taires, seraient publiées par mes soins. Avant
de nous séparer, nous nous mîmes d'accord sur
le titre du livre :

Cette légende,
inventée par les
chrétiens pour expli-
quer l’errance
du peuple juif fut
adoptée par la commu-
nauté juive et devint
le symbole
de la diaspora.

Le cordonnier,
condamné à être
immortel,
devint le Juif errant
appelé aussi Ahasvérus,
ou Isaac Laquedem.

Alors Jésus lui dit :
« Moi, je marche pour
mourir, mais toi,
tu marcheras sans
mourir jusqu’à mon
retour. »